Ferdinand Moschenross vient de mourir à l'âge de 79 ans. Originaire de Haguenau, Moschenross était un autonomiste de la première heure. L'autonomisme signifiait pour lui la reconnaissance par
l'État des régions qui le composent, en les dotant de structures qui permettent aux habitants l'autodétermination et l'autogestion.
Au début des années 1970, il milite au sein du « Mouvement Régionaliste d’Alsace-Lorraine » (MRAL). A cette époque l’Alsace courbe l’échine sous le joug gaulliste, porté par les notables locaux qui
s’appuient sur les commandos du SAC pour faire taire toute velléité de reconnaissance des spécificités alsaciennes. C’est à cette époque que Ferdinand Moschenross fait ses premières armes
autonomistes. Peu après la création du MRAL ont lieu en en mai 1971 les élections cantonales partielles de Lauterbourg/Lauterburg. La campagne fut rude. A Lauterbourg/Lauterburg, une réunion
électorale démarra par un pugilat général. Dans les villages du canton, le M.R.A.L. fit un véritable tabac. A Scheibenhard, devant l’habilité et le succès des candidats du MRAL, le député gaulliste
Grussenmeyer tentera de tenir une réunion de soutien au candidat de son parti, mais dut battre en retraite devant l’hostilité de la salle. Il perdra son sang-froid, se saisira d’un verre de bière
et, faisant mine de le lancer sur Ferdinand Moschenross (du M.R.A.L.) venu lui porter la contradiction, le traitera de « Holzkopf ».
Non loin de Lauterbourg/Lauterburg, il y avait aussi Mothern qui était en effervescence. Là, le port autonome de Strasbourg/Strassburg avait concocté un « juteux » projet de gravière au bénéfice
d’entrepreneurs allemands, projet qui impliquait l’expropriation, pour une bouchée de pain en rémunération, de nombreux paysans et de particuliers propriétaires du foncier. Astucieusement, le port
autonome parlait alors d’un projet de vaste « plan d’eau » ! Des conseillers municipaux, pas dupes, envoient immédiatement leur démission au préfet pour marquer leur opposition au projet. A
l’initiative du M.R.A.L., une assemblée de villageois est réunie à Mothern. Là, dans la salle comble Moschenross s’écrie : « Welle ihr scheffele fahre ?», non sans une pointe d’humour, « nein, m’r
welle unsere bode », répond l’assistance unanime, qui finit par demander au M.R.A.L. de défendre ses intérêts. De nombreux meetings, toujours en dialecte, seront organisés. En fin de compte, une
manif est organisée à Strasbourg/Strassburg, avec drapeaux Rot un Wiss et banderoles déployées en alsacien et en allemand (« Finger weg von unserem Boden »). Les villageois de Mothern étaient venus
en force, avec plusieurs cars loués pour l’occasion. La manif se terminera devant le siège du Port autonome. Opération réussie pour le M.R.A.L., le projet sera abandonné.
En septembre de la même année, Ferdinand Moschenross, se présentera encore aux cantonales partielles de Strasbourg IV contre Pierre Pflimlin. Il réussira à rester en lice pour le 2e tour et
réalisera le joli score de 13,86 %. 1 200 personnes enthousiastes étaient venues assister à son meeting au Sängerhüs (Palais des Fêtes) qui fut une totale réussite. Vinrent ainsi les élections
cantonales de septembre 1973. Moschenross sera candidat à Strasbourg VII (Neudorf) contre André Bord. Il recueillera 13,38 % des voix, arrivant même, au premier tour, en deuxième position derrière
le ministre des anciens Combattant et devançant tous les autres candidats (réformateurs, socialistes, communistes et P.S.D.). Le courage de Ferdinand Moschenross lui valu une véritable haine des
nationalistes français, qui ne lui firent aucun cadeau : menaces de mort, contrôle fiscal, guerre des nerfs (le téléphone sonne à toutes les heures de la nuit), attentats du S.A.C. (la milice
gaulliste). A de nombreuses reprises, la vitrine de sa libraire fut brisée par des militants gaullistes.
En 1975, Moschenross créé le « Front autonomiste de Libération ». Ce parti présentera trois candidats aux législatives de 1978. En 1981, Moschenross reprend le « Parti Alsacien », qui changera
plusieurs fois d’appellation et finira par avoir ses « entrées » au Parlement européen par le biais du groupe parlementaire de « l’Alliance libre européenne – A.L.E. », regroupant plusieurs députés
représentant diverses minorités nationales européennes. Aux cantonales du 14 mars 1982, le « Parti alsacien » présentera deux candidats : Robert Joachim dans le canton de Haguenau/Hagenau (13% des
voix) et Ferdinand Moschenross dans le canton de Strasbourg IV (3,01%)
Libraire, Ferdinand Moschenross était également un provocateur né. En 1981, du haut de la tribune du public de la préfecture du Bas-Rhin, il avait lancé sur les conseillers généraux en séance des
tracts dénonçant la prochaine commémoration du tricentenaire du rattachement de Strasbourg à la France. Dix ans plus tard, il balançait des oeufs frais sur Catherine Trautmann et Pierre Pflimlin,
lors d'un débat sur la Constitution de 58. « N'y a-t-il pas un Alsacien dans la salle pour m'aider ? », a-t-il hurlé lorsque la police l'a expulsé ; le public a applaudi...
Homme certes controversé et d'opinions parfois discutables, Ferdinand Moschenross a fait le sacrifice de sa vie pour la cause alsacienne, il en mérite d’autant plus le respect. Il a également
montré que, bien plus que de grands discours et les théories, seul le courage et l’action publique payent aux élections.
Merci Andrée !
La conseillère générale et municipale Andrée Munchenbach (écologiste) s'est vu reprocher son absence à une réunion en Mairie de Schiltigheim. « Un loupé idiot de
calendrier », qui lui a toutefois permis d'assister aux obsèques de l'autonomiste Moschenross. « Je ne suis pas portée à l'autonomisme, mais c'était un vieux monsieur à
forte personnalité, grand militant anti-nucléaire et très héroïque lorsqu'il est allé comme bouclier humain en Irak », explique Mme Munchenbach.